acculturation indienne (suite)

17 01 2010

Informations au compte gouttes

Le 11 janvier,  je longeais les rues et explorais dans l’environnement où devait se retrouver  les bureaux CWC (protection de la jeunesse). En effet mes lecteurs savent que je pimente mon séjour de bourlingueur en Inde avec des coups de cœur d’aide humanitaire pour les enfants MEG.  En novembre j’ai  piloté avec Mary Ellen Gerber une action en vue faire avancer les procédures visant à l’arrêt d’agir de l’homme qui abuse de garçons et indirectement des filles depuis 30 ans. J’ai aussi débuté un plan de prévention  pour les jeunes et d’aide aux victimes. Je me suis rapidement rendu compte que nos limites respectives de la communication en anglais n’allaient pas donner les résultats attendus et qu’un tel sujet  nécessite de l’aboder dans leur langue maternelle. Voilà pourquoi je me suis mis à la recherche de telles personnes ressources  si possible déjà formées en ce domaine.

J’ai finalement trouvé de bonnes personnes qui  pourraient me donner accès à ce réseau. Si je vous raconte cela c’est à la fois pour donner l’heure juste sur l’occupation de mon temps et en même temps vous offrir un autre exemple que la persistance à chercher donne des résultats. C’est ce qui s’est passé après 2 heures et ce grâce à un jeune collégien de la ville voisine qui m’a servi d’interprète et de guide et qui plus est m’a appelé le lendemain pour s’assurer si j’avais atteint le but poursuivi. Voilà donc un autre exemple de service spontané et gratuit. Merci publiquement à toi Aditya pour l’aide réel apporté et ce même si le « merci » dans ta culture n’est pas familier.

Cette démarche m’a aussi permis de mettre les pieds dans le complexe des Cours de la justice criminelle, civile et juvénile et d’y saisir l’atmosphère et l’organisation matérielle à l’opposé de nos gigantesques palais de justice. On y circule librement sans gardien visible ou policiers en vue, du moins qui ont pu échapper à mon regard à cause de leur uniforme kaki.

Je me suis aussi  rendu au district du CWC (cf ci-haut), une dizaine de fonctionnaires regroupés en rectangle derrière leurs tables de travail ( ce regroupement est un pattern présent dans tous les domaines), et ce au milieu de liasses de papier ligotées d’ un pied d’épaisseur ainsi que d’autres juxtaposées sur une tablette à l’orée du plafond. S’agit-il de dossiers clients ou de protocoles devenus caducs, je n’ai pas osé vérifier. Autre particularité, la discrétion ici n’est pas une valeur prisée, on peut très bien parler au directeur alors qu’il est en entrevue avec quelqu’un, à moins qu’il s’agisse d’une heureuse coïncidence comme ce fut le cas, et que les personnes recherchées s’y retrouvent justement et me donnent un rendez-vous à leur bureau le lendemain. En prime l’un d’eux viendra aimablement me cueillir pour m’y amener

Scène 6e

Une femme d’exception

Telle est celle avec laquelle conversait le directeur du CWC  qu’il m’a référée comme ressource possible.Son nom abrégé est madame Acharya travailleuse sociale toujours très active à 78 ans Elle gère un organisme  indépendant sans but lucratif mais en lien avec les instances gouvernementales. La clientèle privilégiée est les femmes abandonnées ou victimes de sévices et leurs enfants. Ils y retrouvent le gîte, le couvert et des ressources visant leur développement global vers l’autonomie. Elle accueille aussi des enfants de la rue et cherche à leur procurer la sécurité physique, affective et l’éducation, voire même les orienter vers des familles adoptives.

Madame Acharya m’avait permis de prendre une photo. Il s’agit donc de femmes d’âges variables. Deux d’entre elles sont de jeunes mères; l’une semble veiller sur son poupon qui dort, l’autre est occupée à le consoler. L’ensemble s’adonne à développer leurs habiletés manuelles  et créatives ( fabrication de bijoux, couture). Derrière leur regard on peut deviner leur état de femmes rejetées (destitued) , veuves ou maltraitées. A  l’arrière, vous apercevez la dame qui en prend soin et le jeune homme qui s’occupe de l’informatique et de  l’administration. Elle m’a aussi présenté deux fillettes amenées par la police qui les avait vues errantes dans la rue.  Il s’est avéré cependant qu’elle n’avait pas dans son personnel d’intervenants aptes à œuvrer auprès des enfants, victimes d’abus sexuel. Je continue mes recherches  à ce niveau.

Scène 7e  l’ONCLE  JANGHI…VITE AUX PREMIERS SOINS

Samedi soir dernier, après la danse à 21h, on se dirige vers la salle du dîner. Je suis Mary Ellen et Guri  dans un couloir non éclairé au plancher inégal et au plafond bas  supporté par des poutres de ciment. L’une d’elle me signifie rudement son opposition à mon passage inopportun et voilà que le sang jaillit et laisse des traces sur le trottoir. Les enfants s’animent et je me retrouve entouré d’eux à l’intérieur et entre les mains soignantes de celles qui me précédaient. Rapidement Santos, un jeune homme du voisinage me fait enfourcher sa moto et nous voilà chez le docteur, où plutôt à ce qui se trouve également un petit comptoir pharmarceutique, qui côtoie les autres échoppes.

Celui que je prends pour le pharmacien fait les premières constations et appelle le médecin qui s’amène rapidement, lui aussi en moto. Il jette un œil furtif à mon « bobo », parle au commis et me donne une prescription d’onguent et d’antibiotiques. Une visite prévue le lendemain matin, un nouveau pansement, par le «  pharmacien ». Je m’en tire avec un reçu de soin 15$. Il y a donc en Inde des médecins de la rue et des urgentistes qui vont vers leur patient. Les enfants, 3 jours plus tard, prennent encore des nouvelles de ma survie. En effet, la moindre égratignure n’échappe pas à leur regard et leur compassion.

Guri est heureuse de constater la guérison du patient.

 Scène 8e

Visite d’exploration dans un autre Children Home dans le but de chercher des alternatives à la nouvelle façon de continuer d’aider les enfants telle que l’entrevoit Mary Ellen Gerber.

Reçu courtoisement par le jeune directeur,  il me met en communication avec son patron qui réside dans la ville voisine. Il me fait entrer dans le vivoir où 25 garçons, assis  en deux rangées le long du mur,  sont à absorber le riz et le dhale du midi et ce presqu’en silence. Il m’offre un thé qu’il a demandé à sa femme de me préparer. Il me fait la conversation sur le fonctionnement de cet orphelinat…les garçons, en quittant, viennent chacun leur tour me toucher les pieds (geste de respect et de déférence), ce à quoi j’ai aussi eu droit de la part d’adultes à quelques reprises. J’ai aussi appris que les signes des mains jointes accompagnant le « Namasté »  n’attendaient pas de retour de la part de la personne qui s’en trouvait honoré.

Le jeune directeur m’apprend qu’il vit dans l’orphelinat avec sa femme et leur jeune garçon qui partage la vie des autres enfants…Il me fait visiter avec parcimonie chacune des pièces d’une maison très fonctionnelle et reflétant  la propreté et le confort. Il s’y trouve même une petite lessiveuse et un réfrigérateur, ce qui n’est pas souvent le cas dans ce grand pays aspirant à être la 3e puissance économique mondiale. Une auto-rickchas est aussi la propriété de la maison et les enfants y sont conduits à l’école qui se retrouve à une certaine distance.

Sur mon chemin de retour , je contourne  ce chien qui aurait lui aussi besoin de soins, mais qui a quand même réussi à se mettre sur ses pattes 

et ce bovillon  peinard qui venait par son muffle me signifier son besoin de compagnie

 

 

 

 

 

Scène 9e

L’achalandage des restaurants

Je me surprenais à me retrouver le seul  client, quelque soit l’heure de mon arrivée. Également j’observais qu’il pouvait s’y trouver 3 ou 4 serveurs qui y palabraient ensemble ; puis il ne fallait que quelques secondes pour qu’ils se réfugient dans la cuisine, laissant seul celui qui allait se présenter pour me servir. J’ai développé des stratégies pour tromper la solitude ou  la durée de l’attente d’être servi. Apporter un bon livre quand j’en ai la possibilité, aller sur internet avec mon petit portable ,, ou comme, ce soir là, utiliser ma caméra pour animer et remplir l’espace de jovialité et de camaraderie.

 

 

 

 

 

 

 

Voici des gars dont le ventre ne peut prétendre crier famine . Vous savez que le foulard ici est multifonctionnel: protéger du froid ou du soleil, s’entourer la taille pour se changer en publique , s’essuyer les mains et parfois se moucher et qui sait…

Le peu d’achalandage s’explique aussi par le fait que les familles indiennes se font servir aux chambres, et qu’un grand nombre utilise les cantines sur les trottoirs. Aussi  je m’y retrouvais à l’heure de la sieste (alors que les Indiens s’étendent à l’ombre qui sur un banc, sur le trottoir, voire de travers dans les marches d’escalier, ou les pédaleurs de rickhas sont aperçus pliés en deux sur le siège de leurs passagers ou nettement par terre en-dessous).

Également ils se retrouvent en gangs pour le dîner (souper) entre 9 et 11 heures du soir, alors que moi je suis déjà au lit.

Scène 10e

Plage achalandée:

Des résidents et surtout une foule de touristes Indiens et de pèlerins qui y viennent parfois de loin  envahir la plage avant ou après  leur pèlerinage au temple. 

Dès 10 heures du matin, des familles entières se rassemblent en masse sur la plage. Le marcheur doit se frayer un passage pour  avancer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On se regroupe autour d’un objet à observer, les interactions se promènent comme si tous se connaissaient. Vous remarquez en avant scène la dame qui se recueuille devant la mer..il est fréquent de voir des gens s’y approcher, s’incliner et la main droite dans l’eau puis se signer.

De ce temps-ci les matinées sont fraîches, les gens s’amènent dès 7 heures et plusieurs ont encore leurs vêtements pour se garder au chaud, alors que moi je suis habillé léger.

Un chameau  fera quand même son chemin

Ainsi que ce petit cheval ou mulet qui, bien que s’être fait faire une beauté, n’a pas l’air dans son assiette, comme s’il n’avait pas bien dormi.

Les deux palefreniers se demandent si leur journée leur rapportera suffisamment de roupies.

Causez toujours, nous nous roupillonnonss.

et oup!… à l’eau et pourquoi pas moi aussi

Sari , panatalon et  chemise, qu’à cela ne tienne! la lessive se fera en même temps et le tout  sèchera rapidement

Un papa fier de sa poupoune

ou de son poupon , qui sait?

en tout cas des cheveux il ou elle n’en manque pas…alors que lui!

Eh hop!

Qu’est-ce que tu attends  pour monter?

Chamelle ou chameau ou dromadaire? difficile de  savoir elle a revêtu son hidjab


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2 réponses

20 01 2010
Gérald Séguin

Ton acculturation est passionnante à lire et fort bien rédigée, Jean-Guy. Avec les images, les précisions, les fines observations, le tour complet de ton quotidien fort rempli, c’est un « documentaire » éloquent qui me donne un bel et juste aperçu, il me semble, de la vie qui se passe autour de toi et… en toi.

Par contre, cette quête de justice contre l’abuseur m’échappe un peu. Toi et Marry tentez de vous faire entendre auprès de la justice? Le centre est inopérant? Sans doute, des bouts m’ont échappé…

Tu rejoins le groupe de l’ARC quand? Ne dois-tu pas faire du tourisme avec eux, dans le nord de l’Inde?

20 01 2010
boulingueur

Gérald,
la formulation de ton intérêt à me lire me donne “de la mine dans le crayon pour continuer”. Merci
Quant aux interventions que nous faisons pour faire avancer les procédures engagées depuis octobre 2008 , elles sont proportionnelles à l’ampleur des torts incommensurables causés par cet homme à un très grand nombre de garçons depuis 25 ans . En sensibilisant les instances nationales et internationales , nous espérons que cette-fois-ci il ne réussira pas à échapper à la justice comme par le passé.

En effet , je reprends ma vie de touriste le 30 janvier dans le Nord de l’Inde où il a neigé depuis peu.

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